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Interview – Lea Dubois : « Mon grand regret »

Longtemps absente des scènes pour cause de maladie, la comédienne Léa Dubois revient bientôt, avec une nouvelle production cinématographique. D’ici là, elle parle dans cette interview de son séjour en France, puis à Cuba. Elle évoque également sur le milieu du 7ème art, sa carrière et les années «Comment ça va».

 

• On t’a perdu de vue ?
– J’étais hors du pays. J’étais en France pour des raisons de santé. Il était important que j’aille à l’extérieur trouver des spécialistes pour vaincre mon mal.

• Tu n’as pas été épargnée par les bobos ces dernières années.  De quoi souffrais-tu cette fois ?

– Ecoutez, j’étais malade, c’est tout. Je n’ai pas envie de dire le mal qui me rongeait. Sachez seulement que j’avais besoin d’un bon traitement. Il fallait que je parte en voyage pour me faire soigner. Quand le Président de la République a appris que j’étais très malade, il a donné des instructions pour que je sois prise en charge. Ainsi, j’ai passé 9 mois à me traiter en France. Dieu merci aujourd’hui, tout va bien. Je remercie tous ceux qui m’ont soutenue pendant cette période difficile.

 

• Tu as été également à Cuba ?
– Oui, j’y étais pour corriger ma vue. C’est un mal que je traîne depuis l’enfance. J’ai grandi avec. Lorsque je suis dans le noir, j’ai des soucis pour bien voir.

 

• Comment les choses se sont passées là-bas ?
– Très bien. Les Cubains sont des spécialistes de la vue. J’avais un parrain là-bas qui m’aidait aussi à payer les frais. Je me sens bien aujourd’hui à ce niveau.

 

• Tu es au pays depuis quelque temps maintenant, qu’est-ce qui t’occupe en ce moment ?
– J’ai repris le travail, je bosse sur mes projets de films. J’écrivais des textes, même pendant mon hospitalisation en France. Aujourd’hui, je suis en train de caler un certain nombre de choses pour pouvoir tourner.

 

• Quel sera ton rôle ? Devant ou derrière la caméra ?
– Je suis une touche-à-tout. Je serai devant les objectifs, je vais donc jouer, comme actrice. Et aussi derrière, pour diriger. Je serai à la réalisation et à la production.

 

• Où en es-tu avec ta carrière de comédienne ?
– Ma carrière va bien. Je continue de jouer. Je ne m’arrêterai pas tant que j’aurai encore l’inspiration et la santé.

 

• Mais tu sembles aujourd’hui  avoir mis ta carrière de comédienne en arrière-plan…
–  Non, pas du tout. Le métier de comédienne, c’est ce que je sais faire le plus dans la vie. J’adore le théâtre, mieux que le cinéma. Parce que le théâtre, c’est du direct.

 

• On dit que vous les comédiens de votre génération, êtes devenus des  “Has Been” !
– Chez nous ici en Afrique, notre problème, on aime vieillir les gens. Aujourd’hui, dites-moi, qu’est-ce qu’on a de meilleur sur le marché. Les gens disent qu’ils ne nous voient plus. On avait pourtant initié une tournée théâtrale dans le pays. Mais pour faire une pièce théâtrale, ce n’est pas une mince affaire.

 

• Vous avez decidé de vous lancer dans la production. Vous vous en sortez ?
– Vraiment, ce n’est pas donné. Ce n’est pas parce que nous autres sommes dans la production que tout de suite, ça marche fort, non !

 

• Tu as gardé de bons souvenirs de ton passage à la RTI ?
– Après la mort du Président Houphouët Boigny, les problèmes des comédiens à la RTI ont commencé. A  l’époque, le Président Houphouët Boigny a permis qu’on soit payé à la fonction publique. Quand M. Aboké est arrivé à la tête de la RTI, il a tout changé. Il a demandé qu’on soit payé au cachet. A partir de cet instant, nous étions considérés comme des collaborateurs extérieurs de la RTI. Pour nous, c’était une forme de renvoi.  Beaucoup de comédiens en notre sein ont demandé qu’on paye leur droit pour partir. La suite, vous la connaissez, beaucoup d’entre nous n’ont pas tenu le coup. Les comédiens sont dans la nature. Ils se gèrent eux-mêmes.

 

• Beaucoup se sont retrouvés ainsi en train de produire des films, apparemment, ça vous réussit ?
– S’il n’y a rien à l’horizon, que voulez-vous qu’on fasse ? Notre départ de la télé nous a certes fait mal, mais  il faut dire que ‘’Comment ça va’’, nous a vraiment ouvert les yeux. Et nous a permis de nous relancer. J’avoue que j’ai été beaucoup impressionnée lorsque j’ai vu pour la première fois, le film de Marie- Louise Asseu, ‘’1 homme pour 2 sœurs ‘’. Ça m’a  donné beaucoup d’idées. Je me suis dit « Pourquoi pas moi aussi ? ». Ici aussi au cinéma, les choses ne sont pas données. Si un réalisateur doit vous produire un film chaque 10 ans, pendant ce temps, les acteurs mangent quoi ?

 

• Vos ex-compagnons de “Comment ça va”, vous avez l’occasion de les rencontrer ?
– Franchement, je ne vais pas mentir, on se voit très rarement. On ne se voit que lorsqu’ il y a un événement.

 

• Toi, qu’on a souvent appelée ‘’la fille de léonard Groguhet”, qu’est-ce qu’il représente pour toi aujourd’hui ?
– Il représente tout pour moi, c’est un père, mon véritable formateur. Ce fut un plaisir et une joie pour moi d’avoir bénéficié de son expérience. Parce que Leonard Groguhet, à ‘’Comment ça va‘’, c’était une icône. A l’époque, je me souviens, on m’appelait la ‘’petite Léa’’, ‘’La fleur de comment ça va‘’.  j’étais toute petite, vierge en plus (elle rit).

 

• Comment vous travailliez à l’époque ?
– On improvisait beaucoup. Il n’y avait pas vraiment de texte en tant que tel. Vous arrivez, on vous dit « toi, tu dois jouer tel rôle, et l’autre, celui-là ». Tu dois te débrouiller, creuser dans ta tête pour créer quelque chose. Et là, si tu n’es pas inspiré, tu es foutu.

 

• Quel genre d’homme était Groguhet ?
– C’était un passionné, un monsieur gentil, mais vraiment rigoureux dans le travail. C’est quelqu’un qui aime le travail bien fait. Il était aussi quelqu’un de franc, qui ne connaît pas l’hypocrisie. C’était un grand maître qui a le coup d’œil. Il peut par exemple te voir et te dire que tu n’as pas le profil de comédien. Il se trompait rarement.

 

• Aujourd’hui, quels sont vos rapports ?
– Franchement, ça fait un bon moment que je l’ai pas revu. Il paraît qu’il est même très fâché avec moi. Mais je compte le rencontrer bientôt et me faire pardonner.

 

• Que penses-tu de l’évolution du 7ème art ivoirien ?
– On était très bien parti en Côte d’Ivoire, et après plus rien, c’est dommage. Bon, on apprend que quelque chose va se faire pour aider notre cinéma, on l’espère. Avec l’office national du Cinéma, je pense qu’on peut arriver à faire de bonnes choses. Avec notamment les jeunes talents ivoiriens qui émergent.

 

• Les Nigérians ont pris de l’ascendance à travers Nollywood ?
– Ils font des choses géniales, il faut le reconnaître. Mais il leur manque surtout l’humour. Quand je regarde leur scénario, c’est bon, mais je trouve qu’on ne rigole pas. Il faut aussi donner la bonne humeur aux téléspectateurs. Ce qu’ils font est un peu trop calqué sur le modèle américain. Leur succès s’explique aussi par le fait que les autorités nigérianes, elles-mêmes, ont décidé de vraiment s’impliquer dans la chose. Là-bas, les gens sont prêts à financer les projets de films.

 

• Mais vous les acteurs ivoiriens, vous avez dormi sur vos lauriers…
– Je pense que c’est à nos réalisateurs qu’il faut adresser cette question. C’est eux qui ont peut-être quelque peu dormi. sinon, nous les acteurs, on a toujours été disponibles. Aujourd’hui, on n’a pratiquement plus de salles de cinéma. En France par exemple, le cinéma, est une véritable industrie. souvent même, il n’y a pas de place dans les salles.

 

• Que regrettes-tu le plus aujourd’hui ?
– C’est d’avoir passé toutes ces années à apporter du plaisir, la bonne humeur aux gens, sans être riche. Parce qu’effectivement ce métier rend riche, si tu sais comment faire les choses.

 

• Quels ont été les moments forts de ta carrière ?
– C’est mon tout premier passage à la télé dans ‘’Comment ça va‘’. Où j’ai incarné le rôle de la petite  fille qui est maltraitée par ses patrons, c’était en 1985, j’avais que 16 ans. Je me souviens que j’avais tellement bien joué ce rôle-là, que toute la Côte d’Ivoire m’a félicitée. Il y a même le journal “Ivoire Dimanche”, qui est venu m’interviewer à la maison. Et là, ma démarche a changé dans le quartier (rire). Il faut dire que je suis arrivée à « Comment ça va », grâce à la cousine de Léonard Groguhet. C’est elle qui m’a présentée au doyen, qui avait d’ailleurs trouvé que j’étais encore petite.

 

• Quelle est ta situation matrimoniale aujourd’hui ?
– Je suis mariée depuis 19 ans maintenant. Je suis mère de trois enfants. Ma première fille a 24 ans aujourd’hui. j’ai aussi des jumelles de 19 ans.

 

• Et si une de tes filles voudrait s’intéresser au 7ème art ?
– Ma première fille travaille de temps en temps avec moi. Mais je vous assure, c’est une comédienne en devenir. Je me souviens qu’on a fait une mise en scène ensemble et mes collègues ont fini par me dire : « Léa, vas te coucher, tu n’as plus rien a faire ici, la relève est assurée ».

 

Source: Autre Presse

 http://www.live.ci/

 

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