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Interview / Soum Bill, Artiste-Chanteur : «Je n’ai pas rêvé d’être Alpha Blondy ou Tiken Jah»

En marge du Festival panafricain de télévision et de cinéma de Ouagadougou (Fespaco), l’artiste Soum Bill a séjourné dans la capitale burkinabè et est reparti le 6 mars en Europe. Avec plusieurs artistes dont Smockey, Ade Bantu, Alif Naaba, Didier Awadi, Josey Priscille, Zeyna Habib, il y a pris part à une formation sur la liberté d’expression.

Suivie le 5 mars 2015 d’un concert sur les ruines de l’assemblée nationale de Ouagadougou où l’artiste Smockey – par ailleurs président du mouvement social, le Balai citoyen – a présenté ‘’Pré’volution’’, son dernier album de trois Cd (31 titres). Sur Révolution, le 2è Cd, Soum Bill chante ‘’Bats toi à mes côtés’’ avec Smockey.

 

Il y a de cela quelques mois, vous avez produit un album aux couleurs 100% reggae dénommé Escale. Cette escale vous a-t-il été profitable ?

 

Absolument. Escale répond à un processus de double album qu’on avait prévu. Sur le plan culturel et celui des échanges, c’est un album qui m’a aidé à découvrir un nouvel univers et d’échanger avec un autre public. Pour moi, il est positif.

 

Pensez-vous avoir été compris en opérant ce changement pour le reggae alors que votre succès vient du zouglou ?

 

Non, par forcement. Ce n’était pas le but de se faire comprendre. On avait envie de vivre quelque chose, de vivre un rêve et de le matérialiser. C’est ce qu’on a fait. Avant la sortie de l’album, on a donné deux concerts au Parker Place [à Abidjan] qui est pour moi un endroit un endroit symbolique. Cet endroit a connu tous les noms du reggae. C’est se frotter à un autre public et matérialiser un vieux rêve qui s’est réalisé. C’est le plus important.

 

Ce rêve n’est-il pas celui d’un enfant qui a été bercé par le reggae ?

 

Absolument. Je n’ai écouté que du reggae. C’est la première musique que j’ai découverte. Le zouglou est la première que j’ai pratiquée. Pour moi, c’est un échange positif. Ça me permet de faire quelques scènes en Europe. Le plus important, c’était de réaliser ce rêve. Ce n’était pas de devenir Alpha Blondy ou Tiken Jah.

 

L’engagement a toujours été au centre de votre musique. Dire de vous que vous êtes un révolutionnaire, est-ce définir une de vos facettes ?

 

C’est un jeu de mot. Il y a certaines choses auxquelles je ne me soumets pas. J’ai toujours souhaité mettre ma musique au service des peuples. C’est-à-dire lutter contre un certain nombre de choses, les abus. C’est un idéal que je forge. Ce sont des choses positives que j’ai envie de voir germer partout en Afrique. Cet idéal, révolutionnaire ou rebelle, je suis un peu de tout cela.

 

Sur Escale, votre album, vous dites : La révolution est un vaccin, le peuple n’oubliera pas de faire son rappel. Comment avez-vous apprécié cette récente révolution du peuple burkinabè qui a contraint l’ex-président Blaise Compaoré à quitter son fauteuil?

 

Positivement. Je fais des vas et viens à Ouaga. J’ai vu les choses venir. Je les ai senties et ressenties. C’était inévitable. Ce qu’on voit là [concert pour la liberté d’expression], c’est l’expression de vingt sept ans d’abus et d’injustice. Quand ça explose ça ressemble à qui s’est passé. Il était donc symbolique pour moi d’être là avec le peuple ouagalais pour marquer ce coup. Aujourd’hui, il faut que nos dirigeants comprennent que le disque dur de la jeunesse est formaté. Il y a certaines balises qui vont coûte que coûte exploser. On ne peut l’arrêter.

Aujourd’hui, vous avez internet et des jeunes qui conçoivent la vie différemment. Qui ne sont pas patients comme nous. Ils ont envie de voir les changer et vite. Je pense que cela aura forcément un effet boomerang. Et nous y travaillons. On a envie de voir cette jeunesse libre et les Africains libres pour penser et concevoir leur nation comme ils le souhaitent.

Au-délà de la musique, les artistes burkinabè sont allés sur le terrain et ont pris leur part de responsabilité. C’est énorme ce qu’ils ont fait. Beaucoup d’artistes dans ce cas ne le feront pas. A un moment, on a eu des modèles et nous sommes déçus. Vous vous demandez si ce en quoi vous avez cru n’est pas du mensonge. Aujourd’hui, j’ai envie de rompre avec tout ça mais c’est quelque je pourrai faire. Etre en contact avec ces artistes qui sont pour certains mes aînés, cela ma forme.

 

Ce n’est pas qu’un jeu de mots, sur votre album Escale, vous le répétez : les gouvernements se suivent et se ressemblent. Quelle analyse faites-vous du passage des dirigeants Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara ?

 

Ce ne sont que des noms. Je l’ai toujours dit, les individus, ça ne m’intéresse guère. A partir du moment où devenez un chef d’Etat, vous devenez mon ennemi. Je ne crois qu’aux actes. Pour moi, il y a encore beaucoup de choses à faire et plein de choses à se dire. C’est ce que j’irai préparer dans un mois à Abidjan. Avec mes musiciens, je serai enfermé et après vous aurez la suite.

 

Le choix du Zimbabwéen Robert Mugabé à la tête de l’Union africaine a été diversement apprécié. Pour vous qui chantiez que l’union africaine fait de la figuration, est-ce un autre ‘’foutage de gueule’’ ?

 

Je pense qu’il y a en Afrique un problème. On besoin d’éthique et de personnes de référence. Malheureusement, beaucoup sont partis mais leur discours demeurent, leur combat encore vivace dans nos esprits. Je ne sais pas ce que Mugabé va changer et nous apportera. On passe trop de temps à tenir des discours inutile. Pour moi, l’Union africaine, c’est de la façade. On a vu ce qui s’est passé en Lybie, tout le monde a protégé son pouvoir. Quand certains disent que les députés siègent et que tous les discours viennent de l’étranger, c’est ce qu’il faut arrêter. Il faut que les Africains prennent leur destin en main. Que ce soit Mugabé ou un autre, cela ne va rien changer. Ce sont des systèmes qui doivent changer. Il s’agit d’une identité et d’une pensée qu’on doit affirmer. Tant que ce n’est pas le cas, nous ne sommes pas libres. L’Union africaine a beaucoup à faire. Mais, jusque là, c’est de la façade.

 

Trois mois après la révolution au Burkina Faso, croyez-vous que ce peuple est enfin libre pour avoir eu raison de Blaise Compaoré ?

 

Non. Le plus dur commence parce qu’il y a encore des charognards qui sont là. Le peuple en est conscient. Il ne faudrait pas d’autres personnes viennent s’accaparer cette histoire. Toute la dignité revient au peuple burkinabè. Il doit être le gardien de la chapelle. Allez jusqu’au bout et que les choses se passent comme il le souhaite.

 

Source: Le Sursaut

 

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