Culture

Rencontre avec Tatiana Rojo : « Quand on a un talent, il faut croire en ses rêves »

En 2014, on a pu la voir dans le « Crocodile du Botswanga », « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » ou encore « Les Rayures du zèbre ». Aujourd’hui, Tatiana Rojo est à l’affiche de « La Dame de fer ». Il s’agit d’une pièce de théâtre mise en scène par Éric Checco. C’est l’histoire de Michelle, une vendeuse de manioc qui élève seule ses quatre filles et se bat pour qu’elles s’en sortent. Dans une Afrique à la fois convoitée par les occidentaux et boudée par ses jeunes, cette femme trône au cœur de sa famille avec une joie et une foi contagieuse. Avec ses proverbes imagés et ses conseils bienveillants, Michelle compte bien faire sortir ses filles de la pauvreté. Ce spectacle est avant tout une invitation au voyage : Un voyage en Afrique, un voyage à Abidjan. Il est drôle et authentique comme Tatiana. La comédienne aux nombreuses facettes se confie sur son spectacle, sa passion, ses rêves et l’Afrique.

Bonjour Tatiana, aujourd’hui tu es au théâtre avec la « Dame de fer ». Comment est née cette pièce ?

Je ne me reconnaissais pas dans les spectacles d’ici. Ce n’était pas l’Afrique que je connaissais.  J’ai donc décidé de monter sur scène avec mon pagne sur la tête, une calebasse, du manioc et le fameux trône Louis XIV. J’ai voulu montrer cette Afrique qui peut être pauvre mais qui reste digne et fière.
Mon aventure a commencé en 2009 avec mon premier spectacle « Amou Tati  à l’état brut ». C’est  l’histoire d’une jeune fille qui arrive à Paris et qui raconte un peu ses déboires et ses castings ratés…
J’ai  rencontré le réalisateur Éric Checco qui a voulu savoir d’où venait toute l’énergie d’Amou Tati. Celle-ci venait de ma mère, MA dame de fer, qui était déjà dans le spectacle. Nous avons alors décidé de mettre le personnage de la mère au centre.
La Dame de Fer, c’est un hommage à ma mère qui est décédée il y a deux ans. C’est également un hommage à toute l’Afrique.

Ta mère s’appelait Michelle et la Dame de Fer aussi. Ce personnage principal s’inspire donc de ta mère ?

Oui complètement ! Je n’aime pas parler d’elle au passé parce que c’est encore dur pour moi. Ma mère était une femme très croyante mais aussi réaliste. Elle aimait bien dire : « si quelqu’un te gifles à la joue droite, tu lui tends l’autre joue le temps de ramasser une pierre et tu le frappes avec ça ! » ! Sa prière a toujours été qu’on s’en sorte. D’où on vient, on avait peu de chance de réussir.
Dans le spectacle, cette femme vend du manioc qui soigne tout, les problèmes de peaux, de reins etc.. Ma mère était comme ça, c’était une femme très forte, comme on dit « elle pouvait te vendre tes propres dents ».
Le souvenir que j’ai de ma mère, c’est celui de toutes ces femmes qui n’ont pas de poupées à offrir, mais qui ont de l’amour, des paroles et des encouragements. Même dans les moments difficiles, elle m’a toujours encouragé. C’est ma première admiratrice et c’est quelque chose de très important

« La Dame de fer c’est tous ces gens qui font des petits boulots difficiles mais, qui savent qu’ils ne sont pas n’importe qui. »

Amou Tati, c’est le personnage principal de ton premier spectacle. Elle est aussi présente dans  « la Dame de Fer ».  Ce personnage c’est un peu toi?

Je m’appelle Tatiana et « Amou » en Bété ça veut dire « moi ». « Amou Tati » on le traduit par « moi, Tati ». C’est cette fille authentique, qui arrive en France et qui doit se battre. Elle fonce partout, elle se cogne mais, elle se relève. Derrière elle, il y a une femme, la mère, qui lui dit que tout ira bien.

Quel message as-tu voulu faire passer à travers « La Dame de Fer » ?

Le message de cette mère, qui s’adresse à ses filles, est que peut importe où nous sommes, nous devons garder la tête haute. C’est pour tous ces africains qui sont aux quatre coins du monde, dans des situations difficiles. Il ne faut pas oublier de regarder derrière dans les moments de doutes.
La Dame de fer c’est tous ces gens qui font des petits boulots difficiles mais qui savent qu’ils ne sont pas n’importe qui.
Et comme on dit « on sèche son linge là où le soleil brille ». Pour l’instant nous sommes ici mais, un jour nous retournerons chez nous. Un jour l’Afrique va se relever car, elle est porteuse d’Histoire. Nous avons la reine Abla Pokou par exemple et la Dame de Fer en parle avec fierté.

« Je suis un vrai caméléon»

Dans la « Dame de Fer », tu chantes, tu joues, tu danses, d’où te vient cette énergie ?

Cette énergie je la prends de l’Afrique. Je suis née ici, au Havre et je suis partie en Côte d’Ivoire à l’âge de six ans. J’ai été très impressionnée par ce retour aux sources. Je n’étais plus la seule noire (rire) et cela m’a fait du bien. J’ai aussi découvert la vie, je voyais des femmes parler à haute voix et mimer les mots. C’était bruyant pour certains mais, moi je trouvais ça beau. J’ai tout de suite voulu m’intégrer à ce monde.
Mes camarades disaient que je « chocobissais » (Avoir un accent français, ndlr). Je me suis fait frapper à cause de ça (rire). À ce moment-là, je me suis dit que j’allais parler comme une ivoirienne et même pire. C’est là que j’ai commencé à imiter ces voix, j’ai eu l’accent ivoirien et plein d’autres encore

Tu es née en France et à l’âge de six ans tu es rentrée en Côte d’Ivoire. Tu as grandi là-bas et aujourd’hui tu travailles entre ces deux pays. Ces deux cultures ont-elles été une richesse pour toi ?

Ces deux cultures m’apportent énormément. En fait, j’ai pris ce qui m’arrangeait dans ces deux cultures. Je sais m’adapter, je suis un vrai caméléon. J’aime parler avec mon accent ivoirien que je trouve plus chatoyant et vivant. C’est aussi avec cela que je décroche des rôles.

As-tu déjà joué ton spectacle en Afrique et plus précisément en Côte d’ivoire ?

J’ai  joué au festival d’Adzopé il y a trois mois. J’ai aussi joué à Ouagadougou où j’ai été accueillie comme une reine, j’ai été très encouragée. Maintenant, j’espère pouvoir faire une tournée là-bas.

« J’ai refusé un rôle que je trouvais vraiment bête et insensé. »

En tant qu’actrice-comédienne, est-ce que les rôles qu’on te propose sont assez variés ?

Avant j’avais beaucoup de rôles de filles de joie mais, les choses commencent à changer grâce à la Dame de Fer notamment. J’ai fait sept films cette année et ce spectacle m’a permis de montrer le large panel de personnages que je sais jouer. Maintenant, j’ai des rôles plus mûrs et variés. Je peux jouer une maman africaine ou une fille de joie. Je trouve que si j’arrive à faire ces deux extrêmes là, c’est que je joue un peu de tout.

As-tu déjà refusé des rôles ?

J’ai refusé un rôle que je trouvais vraiment bête et insensé. Le personnage devait se déshabiller mais sans raison. Je n’ai pas de soucis avec la nudité mais, il faut que cela ait un sens et encore ! Je suis mère de famille donc je ne peux pas me permettre de faire n’importe quoi.


Est-ce plus difficile d’être une actrice noire ?

Il n’y a pas assez de rôles et il y a beaucoup de comédiennes. Moi, je n’attends plus que le téléphone sonne parce que j’ai trop attendu. Je ne veux plus être dans l’attente donc j’écris quand je sens que ça commence à devenir difficile. Quand tu es en attente, le temps s’arrête et tu ne fais plus rien, tu es dans une angoisse. Au moins quand je vais à un casting, je suis moins stressée.
Involontairement, nous les noirs, nous contribuons à cette situation puisque nous ne nous soutenons pas. Un producteur ne produira pas un film avec deux ou trois africains en tête d’affiche parce qu’il sait bien que les noirs ne viendront pas au cinéma. Il ne va pas miser de l’argent sur un film où il est sûr d’en perdre. Je le dis depuis longtemps et je continue à le dire. J’ai l’espoir que les choses finiront par changer.

Est-ce qu’il y a un rôle que tu rêverais de jouer et qu’on ne t’a pas encore proposé ?

Je rêverais d’avoir un rôle d’héroïne, de guerrière… Et surtout d’aller jouer aux États-Unis.

Tu es aussi humoriste dans +d’Afrique sur Canal + Afrique, comment es-tu arrivée dans cette émission ?

C’est un ami qui cherchait une humoriste pour remplacer Mamane quand il n’était pas là. Ça fait deux ans et demi que j’y suis, ma mission consiste à faire une chronique humoristique sur l’invité.

« J’invite tout le monde à venir voir La Dame de Fer »

Tu as aussi un rôle dans le téléfilm « Danbé, la tête haute » qui sera diffusé sur la chaîne ARTE le 23 janvier prochain à 20h50. Il a reçu le prix du meilleur téléfilm ainsi que le prix Poitou-Charentes des lecteurs du sud ouest au Festival de la fiction TV de la Rochelle 2014. Peux-tu nous parler de ce téléfilm et surtout de ton rôle ?

C’est l’histoire d’une famille malienne qui est confrontée à de nombreuses péripéties. C’est un très beau film inspiré d’une histoire vraie. Je joue le rôle de Massiré, la maman d’Aya qui est le personnage principal. Je perds mon mari, le père d’Aya, qui meurt dans un accident criminel. Des racistes ont mis le feu à notre immeuble pour chasser les étrangers. Je ne suis pas indemnisée parce que mon mari était en situation irrégulière. Je suis analphabète et j’ai mes quatre enfants à élever. Tout le long de ma vie, je vais me battre pour faire valoir mes droits et pour que justice soit faite. Pendant ce temps, Aya ma fille devient championne du monde de boxe à New Dehli. Elle a un accident et doit abandonner le sport. Ensuite elle devient étudiante à Science-po. Ces deux femmes se battent, l’une pour oublier ses blessures et devenir une personne respectable et l’autre pour qu’on l’indemnise et qu’elle puisse honorer la mémoire de son défunt mari. C’est ce qu’on appelle le « danbé » qui veut dire la dignité, la fierté en Bambara.

Quelles-sont les dates de ton spectacle ?

Je joue à l’Apollo Théâtre (anciennement appelé Théâtre du Temple) jusqu’au 28 mars mais le 24 janvier, je jouerais à Dijon. J’invite tout le monde à venir voir ce spectacle !

Quelle est ton actualité pour cette année 2015 ?

Si le spectacle est un succès, j’espère pouvoir jouer deux à trois fois par semaine.
J’ai aussi un film qui va bientôt sortir « Le chevalier » avec Vincent Lindon. Je vais peut-être aller au festival d’Avignon en juillet. J’aimerais aussi écrire, être réalisatrice pourquoi pas.

Pour finir qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter dans ta carrière ?
De continuer, d’avoir autant de pêche, de pouvoir toucher et sensibiliser.  Surtout il faut que je continue à aimer mon métier.

Sharon Camara

Retrouver Tatiana Rojo dans la Dame de fer tous les samedis jusqu’au 28 mars, à l’Appolo Théâtre (http://www.billetreduc.com/129825/evt.htm) et ce vendredi 23 janvier 2015 dans le téléfilm « Danbé la tête haute » sur Arte à 20h50.

 

Source: lebabi.net

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